Un phénomène culturel, un symbole d'émancipation :

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Quand fumer était un acte féministe

 

 

Fumer a été vu comme un moyen d'émancipation pour les femmes et ce dès la première moitié du XXe siècle. A cette époque, fumer était "le privilège d'une classe sociale cultivée et aisée, un symbole d'appartenance et d'émancipation, un phénomène élitiste", rappelle l'INPES.

Les coupures de presse de l'époque en témoignent, la cigarette pour les fumeuses, c'est une affaire de style et de modernité, qu'importe si la santé et le porte-monnaie en pâtissent.

 

Le tabac réservé aux hommes? "Un coup terrible pour le féminisme", décembre 1917

Le journal humoristique « Le Rire » raconte une scène de pénurie de tabac pendant la guerre et la possibilité d'une interdiction du tabac pour les femmes. "Mais voici qu'un bruit si singulier se répand dans les bureaux de tabac; la Régie aurait l'intention d'interdire la vente aux femmes de tout ce qui se prise, se fume, ou se chique. Madame, vous ne serez plus autorisée à fumer la fine cigarette à bout doré [...] Le tabac sera réservé aux hommes. Ça c'est un coup terrible pour le féminisme! Alors quoi, à notre époque de progrès social, Margot n'aurait plus le droit 'd'en rouler une', 'd'allumer une sèche'."

 

"Les femmes sont encore plus enragées que les hommes", 4 mai 1924

Dans les « Annales politiques et littéraires », une vendeuse de tabac témoigne des midinettes, les ouvrières de la couture parisienne, célèbres pour s'être battue pour les conditions de travail, et de leur passion pour le tabac. "Et puis, monsieur, s'il n'y avait que des fumeurs, mais il y a aussi des fumeuses ; les femmes sont encore plus enragées que les hommes. Des midinettes m'arrivent... Ça n'a pas le sou et ça ne se passerait pas de cigarettes... Elles aimeraient mieux ne pas manger... Que voulez-vous! Moi, je n'ai pas à m'en plaindre... Elles exagèrent ses petites; mais n'est-ce pas? On n'y peut rien."

 

"Accomplir un geste d'émancipation et d'affirmation", août 1928

Une décennie plus tard, le 19 août 1928, le journal « La Femme de France » s'émerveillait lui d'une scène typiquement parisienne : "Dans la marche ascendante du féminisme, la cigarette marque un pas en avant. Dernièrement, à la sortie d'un lycée de paris, j'ai vu deux adorables petites jeunes filles [....] allumer froidement, si j'ose dire, un cigarette. A la façon cavalière et un peu provocante dont elles fumaient, il m'a semblé qu'elles avaient le souci, non pas de satisfaire un goût, mais d'accomplir un geste d'émancipation et d'affirmation, publiquement, dans les rues, la conquête d'un privilège nouveau."

"Une cigarette, c'est déjà de l'égalité entre les droits de l'homme et de la femme", mars 1935

Les années passent et les dangers du tabac se font jour. Malgré tout l'intérêt que fumer peut représenter pour une femme, le docteur Bovary s'alarme de l'égalité des hommes et des femmes devant l'intoxication qu'une cigarette représente. "C'est entendu, madame, vous fumez! La cigarette, presque toujours, parce que le geste est plus élégant. Vous fumez même avec d'autant plus d'énergie qu'il y a dans cet acte comme un acte d'affranchissement, un préjugé à qui on tord le cou. Une cigarette, c'est déjà de l'égalité entre les droits de l'homme et de la femme: "Nous aussi, disent les femmes, on va pouvoir enfin s'intoxiquer."

Alors, la fumeuse est féministe ? La publicité n'aura de cesse de jouer sur cette image de liberté et de modernité dans les décennies suivantes. Mais la vapeur s'inverse désormais. Le féminisme doit désormais investir la lutte contre le tabac, comme le disait Michèle Delaunay, cancérologue, ancienne ministre du gouvernement Ayrault et députée de la Gironde: "Je souhaite que les femmes soient libres, in-dépendantes et qu'elles ne ruinent pas le gain de longévité qu'elles ont gagné par leur pugnacité et leur résistance à toutes les étapes de la vie."

Le tabac dans l'armée

 

 

La loi Evin et la suppression du service militaire sont passées par là. Mais on n’oubliera pas que l’État – engagé aujourd’hui dans une lutte anti-tabac qu’il veut exemplaire – a fourni pendant des siècles des paquets de cigarettes à des gamins d’un peu plus de 18 ans, encouragés à fumer « sous les drapeaux ». A l’époque, le paquet n’était pas neutre. 

 

Réconfort

La dotation de tabac aux soldats remonte au 18ème siècle. La gratuité est instaurée pour la première fois en 1668, mesure qui sera à plusieurs reprises … abolie puis restaurée.  Le tabac est largement distribué durant les conflits : pour se distraire de l’ennui entre deux combats ou se tenir éveillé pendant un tour de garde.

Nouvelle conquête

C’est ainsi que la Grande Armée a joué un rôle dans l’implantation du tabac à rouler et de la cigarette : les grognards de Napoléon fumaient alors la pipe ; mais lors de la Guerre de Crimée, les officiers français, amateurs eux aussi de pipe ou de cigares, auraient ramené dans les salons parisiens la pratique de leurs alliés ottomans : un tabac roulé dans une feuille de papier.

 

Paquet cadeaux

Durant la Première Guerre mondiale, l’Association » La Pipe du Soldat  » va envoyer des colis de tabac aux soldats du front : en paquets de 50 ou 100 grammes, avec des emballages grossiers de papier, scellés par l’étiquette officielle :  « Armée. Tabac à fumer, scaferlati pour les troupes ».

Gauloises en guerre

À partir de 1935, les soldats touchèrent leur ration de « Gauloises Troupes ». L’emballage exalte le prestige de l’uniforme, certains paquets représentent des soldats des trois Armes, d’autres ne comportent qu’un simple casque de fantassin, au dessin inchangé de 1920 à 1950. La qualité du papier varie suivant les périodes : en temps de vaches maigres, les paquets sont en simple papier kraft, à moins que l’emballage ne reprenne le logo des Gauloises avec la mention « Tabac de troupes, vente interdite ». Petite exception à partir de 1940 : les excédents de tabac destiné originellement à des soldats partis dans la nature seront revendus par les débitants et un nouveau produit est créé pour les cigarettes destinées aux prisonniers de guerre.


Huit à la quinzaine

Pendant la guerre d’Algérie, la distribution continue : à raison de huit paquets de Troupes par quinzaine. Les paquets sont alors couleur sable avec l’adresse de leur lieu de fabrication : 3, avenue du 8-Novembre, Alger. Les soldats vont aussi découvrir les marques locales : Mélia ou Atlas.

Privilège

La paix revenue, les Troupes représentent un privilège pour des générations d’appelés. En 1970, leur emballage rappelait celui des Gauloises vendues dans le civil, mais dépourvu de la doublure en papier argenté. Apparurent de nombreux modèles de logos ou d’emballages, la plupart reprenant l’esthétique militaire, un casque de soldat remplaçant le casque gaulois.

 

La ration gratuite des conscrits cessa en 1972, mais les cigarettes continuèrent à être vendues à bas prix dans les mess et les foyers des casernes. Jusqu’à ce que les appelés disparaissent à leur tour. Un ex-grand fumeur, Jacques Chirac, mettant un terme à la conscription en 1986.

Quand les dessins animés faisaient un tabac

 

 

Au moins trois études se sont penchées sur le tabagisme dans les films d'animation pour enfants, de 1937 à 2000.

 

Si la façon d'évaluer l'exposition au tabac varie entre les trois, leurs conclusions sont plutôt similaires. : les chercheurs estiment qu'au moins un personnage fume dans 43 à 56% des films d'animation réalisés pendant cette période. Lorsqu'on étudie uniquement les productions de Disney, on parle alors de 52 à 75%.

Contrairement à ce qu'on pourrait penser, ce ne sont pas que les « méchants» qui fument dans les films puisque ceux-ci ne représentent qu'environ le deux tiers des fumeurs. En fait, dans trois films de Disney (Peter Pan, Pinocchio et Oliver & compagnie), ce sont même des enfants qui utilisent du tabac. Les chercheurs remarquent toutefois que ce sont plus souvent les personnages secondaires qui fument que les héros du film.

Plusieurs types de tabac sont représentés dans les dessins animés.

C'est dans les années 1940 qu'on retrouve le plus de cigares, probablement en raison de la production de Pinocchio qui est le film de Disney qui en présente plus. Ils sont en général consommés par des personnages travaillant, puissants, riches et qui ont beaucoup de succès.

 

Dans les années 1950 et 1960, c'est l'époque de la pipe.

Les personnages qui l'utilisent sont plus sages, plus doux mais aussi plus âgés. La cigarette est plutôt associée aux personnages indépendants, charmeurs, intelligents et vifs d'esprit.

Ce qu'on observe, c'est que l'utilisation du tabac n'est jamais accompagnée de messages négatifs ou d'avertissement sur leurs effets secondaires.

 

Au contraire, ces produits sont présentés comme acceptables. Par exemple, seuls trois personnages dans tous les films d'animation étudiés se font dire qu'ils devraient cesser de fumer. De plus, seulement 4% des personnages refusent de consommer du tabac. C'est entre autres le cas de Wendy, dans Peter Pan, qui repousse le calumet de la paix en grimaçant et... le fait passer à un autre enfant !

Surtout, dans tous les films, l'utilisation du tabac n'apporte rien à l'histoire. Alors pourquoi ces produits sont-ils alors omniprésents ?

Certains experts croient que l'utilisation du tabac dans les films d'animation pour enfants peut servir à mieux rendre un contexte culturel ou historique. Elle permettrait aussi de faire passer certains traits de caractère sans introduire de la violence, ce qui pourrait changer le classement du film.

 

Toutefois, il faudrait être naïf pour ne pas y voir une influence de l'industrie du tabac. Celle-ci sait en effet que l'exposition au tabagisme dans un film est aussi efficace qu'une publicité pour inciter les gens à fumer.

Une étude réalisée sur des enfants du primaire a démontré que le fait d'être exposé au tabagisme dans les films augmentait les risques de commencer à fumer. En effet, même si les premières expériences de cigarettes se font en général à l'adolescence, le désir de fumer peut se développer bien plus tôt, croient les chercheurs. En fait, ceux-ci ont calculé que l'exposition au tabac dans les films serait responsable à 35% de l'initiation du tabagisme.

Depuis les années 2000, la présence du tabac dans les films d'animation pour enfant a chuté au point d'être presque inexistante maintenant.

Mais désormais, depuis 2012, les personnages produits par les studios Disney ne fument plus. Le PDG de la société de production a annoncé avoir banni le tabac de l'ensemble des films à venir :

Les personnages prennent un bol d'air. Alors que les générations précédentes ont grandi en regardant Cruella d'Enfer, Pinocchio ou bien Peter Pan s'octroyer occasionnellement une petite cigarette, celles d'aujourd'hui n'auront pas ce privilège. Le président des studios depuis 2005, a annoncé lors d'une réunion annuelle des actionnaires du groupe, avoir banni le tabac de l'ensemble des productions à venir. 

"Nous étendons notre politique d’interdiction de fumer à tous les films des studios Marvel, Lucas, Pixar et Disney", a-t-il déclaré. Décidée en 2001, cette politique anti-tabac n'était jusqu'ici valable que pour les films Disney à destination du jeune public, soit les enfants de moins de 13 ans.

Alors que les lois anti-tabac ne cessent de se multiplier, le patron des studios Disney, soucieux de leur impact sur le jeune public, a décidé de réagir. Cette décision, assez surprenante compte tenu du passé historique de Disney, a été prise afin d'éviter aux plus jeunes toutes tentations. Et Disney s'avère ferme : plus aucun personnage, même secondaire, n'aura le droit de fumer. Toutefois, une seule exception demeure. Si le studio est ainsi amené à dépeindre dans une de ses productions un personnage historique fumeur, comme Abraham Lincoln par exemple, le tabac ne sera pas censuré.

En prenant cette décision, Disney dit adieu à des images emblématiques comme celles montrant Cruella d'Enfer la clope au bec ou la chenille d'Alice au Pays des merveilles avec une chicha à la bouche. Les vieux de la vieille devront s'y faire, le temps où cigarettes, pipes, cigares et chicha faisaient partie des dessins animés est désormais fini. Place désormais aux bonbons et aux sodas.

(Voir ci-dessous un extrait des "101 dalmatiens) : 

La cigarette en chocolat, friandise disparue

 

 

Les cigarettes en chocolat, ces friandises au petit goût d’interdit qui permettaient de faire comme les adultes :

Apparues dans le milieu des années 1960, les cigarettes en chocolat on fait le bonheur de plusieurs générations d’enfants, un petit goût d’interdit autorisé, qui faisait croire que l’adolescence et l’âge adulte n’étaient pas loin.

Elles étaient fabriquées avec du chocolat de piètre qualité la plupart du temps, entouré d’un papier blanc qu’on mâchouillait et qui donnait à tout cela un goût insipide…

C’est surtout le plaisir de singer les adultes et les stars de cinéma qui plaisait aux bambins. Sans oublier la gestuelle : le paquet à l’intérieur alu, les rangées de clopes, la tige calée entre l’index et le majeur, de fausses bouffées ponctuées d’un nuage imaginaire… C’était avant la loi Evin contre l’alcoolisme et le tabagisme, à une époque où fumer n’était pas encore mal vu par la société.

Des paquets aux couleurs des cigarettiers

On trouvait à la supérette ou dans les boulangeries des paquets aux couleurs et aux marques des clopes fumées par nos parents, les Gitane, Camel et autres Craven A… Des copies vendues par l’un des leaders du marché en France : la Chocolaterie Jacquot, basée à Troyes. Un plagiat vu de manière bienveillante par les cigarettiers, qui acceptaient de prêter leur logo à ces cigarettes en chocolat.

C’est d’ailleurs sur ce point que les législateurs tiquèrent. La loi Evin de 1991 interdit la publicité pour le tabac sous toutes ses formes et, du même coup, il devient impossible de vendre ces friandises aux couleurs de vraies marques de cigarettes.

Les fabricants s’adaptent et proposent alors des paquets avec des noms mystérieux appelant à l’aventure : les Gorbatchow avec une silhouette du Kremlin, les Sombrero avec son petit Mexicain, ou encore les Saint Georges représentées par un chevalier terrassant un dragon.

 

Clope de fin pour les cigarettes en chocolat en France

Mais peu à peu, les paquets se font plus rares sur les étals et sont heureusement finalement interdits à la vente en 2005.

L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) rapporte que « plusieurs études démontrent que les cigarettes en chocolat peuvent induire un comportement mimétique chez l’enfant et peuvent donc doubler la probabilité de voir l’enfant devenir fumeur à l’adolescence et à l’âge adulte, indépendamment du fait que ses parents soient ou non fumeurs ».

Le cinéma, VRP de l'industrie du tabac

 

Représentation du tabac dans les oeuvres artistiques, que dit la Loi Evin ?

 

 

Le Ministère de la Santé envisage de nouvelles mesures pour lutter contre le tabagisme, en supprimant la représentation de la cigarette dans l'industrie cinématographique française.

 

« Il faut aller au-delà du porte-monnaie (…) en s'intéressant notamment aux incitations culturelles à fumer», a déclaré la sénatrice PS de la Sarthe Nadine Grelet-Certenais. « Je pense par exemple au cinéma qui valorise la pratique. La Ligue contre le cancer démontre dans une étude récente que 70 % des nouveaux films français mettent à l'image au moins une fois une personne en train de fumer. Ça participe peu ou prou à banaliser l'usage, si ce n'est à le promouvoir, auprès des enfants et des adolescents, qui sont les premiers consommateurs de séries et de films, sur internet notamment », ajoute-t-elle, accusant le cinéma de faire de « la publicité détournée pour la consommation de tabac ».

 

En face, la ministre de la Santé d’alors, Agnès Buzyn, a approuvé le discours de sa consœur et annoncé qu'elle prendrait des mesures dans le cadre du second plan national de réduction du tabagisme. « Je ne comprends pas l'importance de la cigarette dans le cinéma français », a-t-elle commenté, précisant qu'il était important de « dénormaliser l'image du tabac dans la société ». Agnès Buzyn a dit en avoir parlé en conseil des ministres à Françoise Nyssen, ministre de la Culture. « Je veux qu'on ait une action ferme là-dessus », a-t-elle affirmé.

 

Que dit précisément la législation anti-tabac en France ?

En plus de 50 ans, l'État a pris de nombreuses mesures pour lutter contre le tabagisme. Le premier texte est mis en place par Simone Veil, à l'époque ministre de la Santé en 1976. Nommé communément « loi Veil », le texte interdit la publicité pour le tabac à la télévision et à la radio.

 

Le 10 janvier 1991, la « loi Évin » entre en vigueur afin de proscrire toute forme de publicité pour le tabac dans les lieux publics. Rédigée par l'ancien ministre des Affaires Sociales et de la Solidarité, Claude Évin, elle stipule que « toute propagande ou publicité, directe ou indirecte, en faveur du tabac ou des produits dérivés est interdite y compris durant les événements sportifs en France ».

 

La loi Évin s'applique aux retransmissions télévisées d'événements à l'étranger et oblige par conséquent les chaînes à prendre toutes les mesures afin de cacher ces publicités.

Après la polémique sur la suppression de la pipe de Jacques Tati sur une publicité affichée dans le métro, une circulaire sur l'image des fumeurs dans les œuvres culturelles est publiée le 28 mars 2012 : elle rappelle que la loi Évin et sa jurisprudence n'interdisent en aucun cas la représentation de « personnages, historiques ou non, fumant surtout quand cela correspond à un trait de sa personnalité, dès lors que le but ou l'effet de cette communication n'est pas de nature publicitaire ».

 

Quelles conséquences pour le milieu du cinéma français ?

L'interdiction du tabac dans les films, préconisée par la ministre de la Santé, pourrait provoquer une véritable révolution dans l'industrie cinématographique française. Car depuis les débuts du septième art, la cigarette est un accessoire indissociable du cinéma.

 

Nombreux sont les personnages à l'utiliser comme un élément clé de leur personnalité. On peut citer pêle-mêle les rôles d'Audrey Tautou dans Coco Chanel, de Sylvie Testud dans Sagan ou encore Gaspard Ulliel dans Saint Laurent.

 

D'ailleurs, selon une étude réalisée par Ipsos et la Ligue contre le cancer, 80 % des films analysés entre 2005 et 2010 comportaient au moins une séquence de tabagisme. Dans 30 films, ces scènes représentaient même 99 minutes, soit plus d'une heure et demie.

 

Sur les réseaux sociaux et dans les médias, plusieurs personnalités politiques et culturelles s'insurgent contre cette mesure « scandaleuse », qu'ils jugent « comme une censure de la liberté d'expression et de la création artistique ».

 

« C’est ridicule. Le cinéma n'a jamais eu pour mission d'être exemplaire. Tant que la cigarette ne sera pas interdite partout, ce sera logique de voir des gens fumer dans les films. Le cinéma n'a pas à être plus moraliste que la vie, c'est un débat plutôt hypocrite. Le cas échéant, les politiques devraient avoir le courage de rendre la cigarette définitivement illégale, malgré l'enjeu économique immense que cela représenterait », a déclaré dans les colonnes du Journal de Genève le réalisateur Lionel Baier.

D'autres, comme le sénateur David Assouline, dénoncent un projet de loi « ridicule », estimant qu'il faudrait pour suivre cette même logique interdire la représentation à l'écran des autres drogues et de l'alcool.

 

Qu'en sera-t-il pour la musique, domaine où la cigarette a souvent été l'accessoire idéal du rockeur ou du couple amoureux ? Est-ce que l'on écrira encore des chansons sur elle ? Ou est-ce que, considérée comme une apologie du tabac, on la remplacera par une cigarette électronique...ou un patch à la nicotine…

Cloper sans fumée : la nicotine revisitée

 

 

« Cloper sans fumée, la nicotine revisitée », réalisée par la journaliste Bärbel Merseburger-Sill pour la chaîne ARTE, est une enquête sur la réalité des nouveaux produits-phares de l’industrie et des dangers de la nicotine. Ce documentaire met en lumière les nouvelles tactiques de l’industrie du tabac pour vendre ses produits en dépit de la prise de conscience généralisée des méfaits de cette industrie.

 

Malgré une baisse de la consommation de tabac, l’industrie du tabac continue d’innover pour redorer son image publique et maintenir ses résultats. Grâce à une combinaison de stratégies, celle-ci s’efforce d’élargir, de manière agressive, sa base de marché parmi les adolescents et les jeunes adultes.

  • Élargir son portefeuille de produits pour attirer de nouveaux clients et fidéliser les clients existants :

Pendant des décennies, l’influence de l’industrie du tabac lui a permis dans une large mesure de protéger ses intérêts commerciaux et de bloquer les efforts des législateurs et des responsables de la santé publique pour lutter contre l’épidémie tabagique. Le traité international de l’OMS, la Convention Cadre pour la Lutte Antitabac, CCLAT, a changé la donne.  L’industrie du tabac est devenue une industrie déclinante avec une diminution en volume de ses ventes. Son produit de base – la cigarette manufacturée – fait l’objet d’un rejet croissant. Aussi l’industrie du tabac s’est-elle engagée officiellement dans un « monde sans fumée ». Elle se positionne dorénavant non plus comme l’industrie de la cigarette mais l’industrie de la nicotine avec de nouveaux produits mis sur le marché comme la cigarette électronique et le tabac chauffé pour lesquels elle disposait souvent de la technologie depuis des décennies. En affirmant proposer des produits à moindres risques, l’industrie veut s’imposer comme une partie de la «solution» pour mettre fin au tabagisme.

  • Améliorer la réputation de l’industrie auprès des publics influents et du grand public pour essayer de faire partie de la solution dans la lutte anti-tabac :

Les multinationales du tabac, telles que British American Tobacco (BAT) et Philip Morris International (PMI), ont adopté la réduction des risques dans leurs initiatives de relations publiques et de communication marketing. Ceci leur donne l’occasion de promouvoir leurs « produits de nouvelle génération » pour lesquels leurs marges bénéficiaires sont majeures. Ces compagnies de tabac ont lancé des campagnes de marketing agressives pour faire connaître aux consommateurs les produits du tabac chauffé. Ces dispositifs sont commercialisés comme des produits sophistiqués et de haute technologie. Les fabricants affirment, sans aucune preuve scientifique avérée qu’ils sont à «risques réduits» et «sans fumée». La Fondation pour un monde sans fumée de Philip Morris participe de ce processus. Financée par PMI, la fondation a consacré, depuis 2017 plus de $7,5 millions de dollars aux efforts de relations publiques pour redorer son image de marque et saper la recherche indépendante ainsi que les politiques efficaces de réduction de la consommation de tabac.

  • Campagnes marketing agressives auprès des nouveaux clients, particulièrement les jeunes :​

Beaucoup de partisans de la réduction des risques du tabac promeuvent le vapotage comme solution. Cependant, un tel point de vue ne tient pas compte du fait que le marketing autour de ces produits ne se limite pas aux fumeurs de cigarettes adultes existants qui souhaitent arrêter de fumer. Aux États-Unis, où le vapotage des jeunes a franchi le seuil épidémique, des marques comme JUUL (Altria) ont été accusées de cibler les jeunes avec leurs campagnes sur les réseaux sociaux, leurs arômes sucrés et fruités et le design de leurs dispositifs.

De même, les tabacs chauffés sont promus tout particulièrement auprès des jeunes. Ces derniers  ont toujours été un groupe cible clé comme le démontrent les documents internes de l’industrie dans la mesure où ils sont la condition de la pérennité de cette industrie.

  • Cultiver l’influence auprès des décideurs politiques et affaiblir les législations de réduction de la consommation de tabac :

L’industrie du tabac dépense chaque année des sommes importantes pour faire du lobbying auprès des institutions publiques, notamment de l’Union européenne. Elle cherche à établir des relations étroites avec des députés européens et les principaux décideurs en les invitant à des réceptions, des dîners et autres événements sociaux. Le reportage souligne en particulier un contenu sponsorisé de Philip Morris sur le tabac chauffé et un monde sans fumée présent sur un média politique très influent auprès des décideurs politiques européens : policito.eu

 

Quel que soit le moyen utilisé, l’objectif est toujours le même : bloquer, affaiblir, retarder les législations efficaces de santé publique.

 

Visionner dans son intégralité « Cloper sans fumée, la nicotine revisitée » en ligne