Comprendre la BPCO :

Le tabac dans l'armée

La loi Evin et la suppression du service militaire sont passées par là. Mais on n’oubliera pas que l’État – engagé aujourd’hui dans une lutte anti-tabac qu’il veut exemplaire – a fourni pendant des siècles des paquets de cigarettes à des gamins d’un peu plus de 18 ans, encouragés à fumer « sous les drapeaux ». A l’époque, le paquet n’était pas neutre. 

 

Réconfort

La dotation de tabac aux soldats remonte au 18ème siècle. La gratuité est instaurée pour la première fois en 1668, mesure qui sera à plusieurs reprises … abolie puis restaurée.  Le tabac est largement distribué durant les conflits : pour se distraire de l’ennui entre deux combats ou se tenir éveillé pendant un tour de garde.

Nouvelle conquête

C’est ainsi que la Grande Armée a joué un rôle dans l’implantation du tabac à rouler et de la cigarette : les grognards de Napoléon fumaient alors la pipe ; mais lors de la Guerre de Crimée, les officiers français, amateurs eux aussi de pipe ou de cigares, auraient ramené dans les salons parisiens la pratique de leurs alliés ottomans : un tabac roulé dans une feuille de papier.

 

Paquet cadeaux

Durant la Première Guerre mondiale, l’Association » La Pipe du Soldat  » va envoyer des colis de tabac aux soldats du front : en paquets de 50 ou 100 grammes, avec des emballages grossiers de papier, scellés par l’étiquette officielle :  « Armée. Tabac à fumer, scaferlati pour les troupes ».

Gauloises en guerre

À partir de 1935, les soldats touchèrent leur ration de « Gauloises Troupes ». L’emballage exalte le prestige de l’uniforme, certains paquets représentent des soldats des trois Armes, d’autres ne comportent qu’un simple casque de fantassin, au dessin inchangé de 1920 à 1950. La qualité du papier varie suivant les périodes : en temps de vaches maigres, les paquets sont en simple papier kraft, à moins que l’emballage ne reprenne le logo des Gauloises avec la mention « Tabac de troupes, vente interdite ». Petite exception à partir de 1940 : les excédents de tabac destiné originellement à des soldats partis dans la nature seront revendus par les débitants et un nouveau produit est créé pour les cigarettes destinées aux prisonniers de guerre.


Huit à la quinzaine

Pendant la guerre d’Algérie, la distribution continue : à raison de huit paquets de Troupes par quinzaine. Les paquets sont alors couleur sable avec l’adresse de leur lieu de fabrication : 3, avenue du 8-Novembre, Alger. Les soldats vont aussi découvrir les marques locales : Mélia ou Atlas.

Privilège

La paix revenue, les Troupes représentent un privilège pour des générations d’appelés. En 1970, leur emballage rappelait celui des Gauloises vendues dans le civil, mais dépourvu de la doublure en papier argenté. Apparurent de nombreux modèles de logos ou d’emballages, la plupart reprenant l’esthétique militaire, un casque de soldat remplaçant le casque gaulois.

 

La ration gratuite des conscrits cessa en 1972, mais les cigarettes continuèrent à être vendues à bas prix dans les mess et les foyers des casernes. Jusqu’à ce que les appelés disparaissent à leur tour. Un ex-grand fumeur, Jacques Chirac, mettant un terme à la conscription en 1986.