Comprendre la BPCO :

Cannabis, marijuana, haschisch et système respiratoire

L'inhalation de marijuana et sa consommation chronique à moyen et long terme engendre des symptômes respiratoires et un déclin accéléré fonctionnel pulmonaire. Le mode d'inhalation spécifique au joint est responsable de barotraumatismes et d'emphysème pulmonaire.

 

Du point de vue endoscopique et histologique, on relève des altérations de l'épithélium respiratoire qui sont 5-6 fois plus importantes proportionnellement au nombre de cigarettes/ joints fumés, chez les fumeurs chroniques.

Ces altérations expliquent la fréquence élevée de symptômes de bronchite chronique et conduisent à un risque accru de carcinome bronchique, notamment en raison de l'augmentation du dépôt d'hydrocarbures.

Le cannabis sativa ou chanvre indien est le produit le plus fumé, après le tabac par les adolescents et adultes de 15-39 ans. Il est inhalé le plus souvent sous trois formes différentes, dont l'effet psychotrope est proportionnel à la concentration en tétrahydrocannabinol (THC) :

La marijuana (ou «herbe») se prépare à partir des feuilles et des graines séchées et se fume mélangée avec du tabac sous forme de cigarette roulée, de pipe ou de narguilé.

Le haschisch est de la résine de cannabis séché, mélangée à différents produits tels que de la paraffine, de la colle, du cirage, du henné, voire même des excréments d'animaux. Il se fume mélangé à du tabac de la même manière que la marijuana.

L'huile est obtenue par distillation de feuilles ou de résine de cannabis. Elle se fume après avoir été déposée sur le tabac d'une cigarette ou d'une pipe.

Effets à court terme :

L'inhalation de cannabis entraîne, à court terme, plusieurs symptômes bien connus : tachycardie, élévation de la tension artérielle, augmentation de la fréquence respiratoire, xérostomie, injection conjonctivale, augmentation de l'appétit, euphorie. En outre, peu après l'inhalation, on constate une diminution des résistances et une augmentation de la conductance spécifique des voies aériennes, indiquant une réponse de bronchodilatation qui atteint son maximum après 15 à 20 minutes et persiste pendant une heure en moyenne.

Symptômes respiratoires à moyen et long terme :

L'inhalation chronique de cannabis est associée à des symptômes respiratoires aigus et chroniques, déjà chez de jeunes adultes. Une étude révèle que les fumeurs chroniques de marijuana ont autant de bronchites aiguës ou chroniques que les fumeurs de tabac.

Les symptômes sont beaucoup plus fréquents chez les fumeurs de marijuana que chez les non-fumeurs : toux chroniques, expectorations chroniques, sibilances, bronchite aiguë …

Une enquête épidémiologique concernant l'impact de la consommation de marijuana sur la santé de ces consommateurs (non tabagiques) a montré que ceux-ci ont un risque plus élevé de consultation ambulatoire ou d'hospitalisation pour un problème respiratoire que les non-fumeurs.

Une autre étude a révélé que chez de jeunes adultes de 21 ans dépendant du cannabis, les symptômes respiratoires (expectorations matinales, sibilances, dyspnée d'effort, sensation d'oppression thoracique) sont également beaucoup plus fréquents que pour les non-fumeurs. La prévalence moyenne des symptômes est similaire à celle d'un fumeur d'un demi-paquet de cigarettes par jour.

Cette disparité est en partie expliquée par la différence d'inhalation du joint par rapport à la cigarette : l'inhalation délivre en moyenne deux fois plus de fumée, la profondeur de l'inspiration est un tiers plus importante, la durée de l'inspiration est quatre fois plus importante. De plus, la marijuana est le plus souvent fumée sans filtre, permettant l'absorption de 50% de substance carcinogène en plus. L'inhalation de cannabis augmente plus de cinq fois la carboxyhémoglobine par rapport à la cigarette.

 

Déclin fonctionnel pulmonaire :

Les valeurs moyennes de VEMS et du rapport de Tiffeneau sont abaissées chez les fumeurs de marijuana par rapport aux non-fumeurs et même aux fumeurs de tabac. Ces résultats démontrent que l'inhalation de cannabis est un facteur de risque significatif pour le développement d'une obstruction respiratoire. Le suivi de fumeurs de marijuana sur six ans a confirmé un déclin accéléré des fonctions respiratoires.

Ces constatations endoscopiques et histologiques mettent en évidence cinq implications cruciales pour la santé des fumeurs de chanvre :

1. L'inhalation chronique de marijuana entraîne des modifications cliniques et/ou fonctionnelles importantes du système respiratoire même chez des sujets asymptomatiques, y compris chez des jeunes.

2. La consommation de 3-4 joints de marijuana par jour apparaît endommager autant l'épithélium qu'une consommation de 22 cigarettes de tabac par jour. Cela suggère une atteinte plus importante sur les voies respiratoires par cigarette fumée de cannabis que de tabac. L'absence de filtre, l'inhalation plus longue et plus profonde semblent expliquer le dépôt quatre fois supérieur des particules insolubles du cannabis par rapport à une cigarette conventionnelle de même poids.

3. La marijuana présente une toxicité qui entraîne un effet probablement additif à celui du tabagisme. Ceci est d'importance puisque la prévalence du tabagisme est plus élevée que la moyenne chez les fumeurs de cannabis (environ 50%).

4. Les altérations constatées sur l'épithélium (remplacement de l'épithélium cilié par un épithélium pavimenteux incluant des cellules caliciformes hyperplasiques) constituent les bases anatomiques qui expliquent les symptômes de bronchite chronique éprouvés par les fumeurs de cannabis.

5. Les changements histopathologiques décrits (métaplasie, désorganisation cellulaire, augmentation du rapport nucléo-cytoplasmique, augmentation des mitoses, variation du nucléole) sont des altérations associées à un risque accru de développement ultérieur d'un carcinome bronchique.

Il existe de nombreuses évidences que l'inhalation de produits dérivés du cannabis comporte de réels dangers. Bien qu'à court terme l'inhalation de marijuana permette une puissante bronchodilatation, les effets nocifs à moyen et long terme sont plus nombreux et plus graves. Les dommages sur l'épithélium bronchique sont cinq à six fois plus importants que pour le même nombre de cigarettes fumées.

Ces altérations touchant principalement de jeunes patients, il est indispensable de pouvoir informer le fumeur de marijuana, que le produit qu'il inhale de manière répétée conduit à une augmentation du risque de développer un cancer du poumon et probablement également de la tête et du cou.

Si ce risque semble nettement supérieur à celui de la cigarette, principalement en raison de l'augmentation du dépôt d'hydrocarbures par rapport à celle-ci, ce risque se multiplie également lors de tabagisme chronique. Il y a une relation additive, voire synergique de l'effet de la marijuana et du tabac sur le développement d'un cancer des voies respiratoires.

 

Bien que les tumeurs de l'appareil respiratoire supérieur soient rares chez les patients de moins de 40 ans, des séries cliniques révèlent une proportion inhabituellement haute de tumeurs du poumon et des voies aériennes, chez le consommateur de marijuana de 40-45 ans.

Les atteintes de l'épithélium bronchique et de la fonction mucociliaire engendrées par l'inhalation de marijuana prédisposent à des infections respiratoires. Le risque infectieux est encore augmenté par les altérations importantes de la fonction antimicrobienne des macrophages alvéolaires.